Summary : Physical activity has been shown to be beneficial to health. The impact of physical activity on the perineum is a subject of growing interest among the general public, practitioners, and patients. The risks of urinary incontinence, fecal incontinence, and pelvic floor dysfunction are high in elite athletes who participate in high-impact and intense sports. These risks remain acceptable in non-athletes. In cases of urinary or fecal incontinence and/or pelvic floor dysfunction, patients adjust their physical activity (frequency, intensity, type of activity) and may sometimes stop altogether. Pelvic floor strengthening can reduce urinary problems during physical activity. For these patients, pelvic floor strengthening could be offered routinely, in conjunction with appropriate physical activity. Resuming appropriate physical activity after pregnancy or pelvic floor surgery is possible and even recommended. Since the benefits of physical activity are probably greater than the impact of sport on the perineum, it still seems reasonable to advise practicing sport even in cases of anoperineal disorders, after pregnancy or surgery for pelvic static disorders.
Résumé : Il est démontré que l’activité physique est bénéfique pour la santé. L’impact de l’activité physique sur le périnée est un sujet d’intérêt croissant dans la population, les praticiens et les patients. Les risques d’incontinence urinaire, d’incontinence anale et de troubles de la statique pelvienne sont élevés chez les sportifs de haut niveau, pratiquant des sports de haut impact et de façon intense. Ces risques restent acceptables chez les non athlètes. En cas d’incontinence urinaire, anale et/ou des troubles de la statique pelvienne, les patients adaptent leur activité physique (fréquence, intensité, type d’activité) et peuvent parfois l’arrêter. Le renforcement périnéal permet de réduire les troubles urinaires pendant l’activité physique. Chez ces patients, le renforcement périnéal pourrait être proposé de façon systématique, en association avec une activité physique adaptée. La reprise d’une activité physique adaptée après une grossesse ou une chirurgie de troubles de la statique pelvienne est possible voire conseillée.
Les bienfaits de l’activité physique étant probablement plus importants que l’impact du sport sur le périnée, il semble toujours raisonnable de conseiller la pratique de sport y compris en cas de troubles anopérinéaux, après une grossesse ou une chirurgie de troubles de la statique pelvienne.
Mots-clés : sport, périnée, renforcement périnéal, incontinence anale, incontinence urinaire, grossesse
Keywords : sport, perineum, pelvic floor strengthening, fecal incontinence, urinary incontinence
Introduction : pourquoi parler du sport et du périnée ?
Les bienfaits du sport ont été démontrés et l’activité physique est bénéfique pour la santé. En effet, une activité physique régulière permet de diminuer la mortalité notamment par baisse de la mortalité cardiovasculaire mais également par cancer. L’activité physique a également de nombreux effets bénéfiques en termes de morbidités sur le plan cardiovasculaire, endocrinien, musculosquelettique, neurologique ou oncologique. Par ailleurs, une activité physique régulière est associée à une meilleure qualité de vie. Chez le sujet atteint de maladie chronique, l’activité physique est une thérapeutique non médicamenteuse validée par la Haute Autorité de Santé. Chez l’adulte sain, il est recommandé de réaliser au minimum 150 min/semaine d’activité physique modérée ou 75 min/semaine d’activité physique intense.
Pour toutes ces raisons, les hommes et les femmes pratiquent de plus en plus fréquemment et plus régulièrement des activités sportives. Ces activités peuvent être variées. Les conséquences sur le périnée étaient assez peu étudiées jusqu’à ces 10 dernières années mais la littérature s’est enrichie progressivement. Par ailleurs, dans nos consultations de proctologie, les patients se questionnent souvent sur la pratique de l’activité physique en cas de troubles anorectaux déjà existants.
Dans ce travail, nous vous proposons de différencier les problématiques liées au périnée « physiologique », celles liées au périnée dysfonctionnel et enfin celles liées au périnée fragilisé par une grossesse ou une chirurgie pelvienne.
Quel est l’impact du sport sur un périnée « physiologique » ?
L’impact du sport sur le périnée a été étudié chez les athlètes de haut niveau, en différenciant les types de sport. En effet, certains sports sont dits de « haut impact » et d’autres de « faible impact ». De façon générale, les études ayant évalué l’impact du sport sur le périnée ont utilisé des questionnaires rapportant les symptômes rapportés par les sportifs. Les données portent essentiellement sur l’incontinence urinaire, puis les troubles de la statique pelvienne et peu sur l’incontinence anale (par ordre de fréquence).
Une étude réalisée chez 180 femmes et 204 hommes athlètes pratiquant le powerlift et le weighlift (1) rapporte des taux d’incontinence urinaire de 50% chez la femme vs 9% chez l’homme, des taux d’incontinence anale de 80% chez la femme vs 62% chez l’homme et des taux de symptômes de prolapsus de 23% chez la femme. Ces chiffres sont comparables chez les femmes gymnastes et cheerleaders (2) avec un taux d’incontinence urinaire de 67% et un taux d’incontinence anale de 84%. Chez les championnes de trampoline (3,4) le taux d’incontinence urinaire est de 80%. Les troubles urinaires chez les femmes impactent fortement leurs performances sportives (1). Plus les entraînements sont fréquents et intenses, plus le niveau de compétition est élevé, plus les troubles périnéaux sont importants. Dans une étude menée chez des femmes pratiquant des sports variés, soit de façon intensive (plus de 8 heures par semaine, 169 femmes), soit de façon non intensive (moins de 8 heures par semaine, 224 femmes), l’impact de l’activité physique sur la continence anale et urinaire, la constipation et la dyspareunie a été évalué par une équipe de gastroentérologues-proctologues (5). Le taux d’incontinence anale était significativement plus élevé en cas de pratique intensive du sport (14,8%) que en cas de pratique non intensive (4,9%). Chez les femmes ayant une incontinence anale, il s’agissait d’une incontinence aux gaz dans 84% des cas. Ces données sont comparables concernant l’incontinence urinaire (33,1% si pratique intensive vs 18,3% si pratique non intensive). Les taux d’incontinence anale rapportés dans cette étude sont plus faibles que dans les études précédentes, probablement parce que les femmes sont plus jeunes et pratiquent des sports plus variés et à impact faible.
Une étude centrée sur la pathologie hémorroïdaire a été menée récemment (6) chez 312 personnes pratiquement au minimum une activité sportive une fois par semaine : 34% d’entre eux rapportaient des symptômes en lien avec une maladie hémorroïdaire. Les sports associés le plus souvent à la maladie hémorroïdaire étaient le bodybuilding (47,8%), le cyclisme/équitation (57,4%) ; les sportifs pratiquant le trekking/ski alpin/ski nordique rapportaient moins souvent de symptômes (14,3%).
Les risques d’incontinence urinaire, d’incontinence anale et de troubles de la statique pelvienne sont élevés chez les sportifs de haut niveau, pratiquant des sports de haut impact et de façon intense. Ces risques restent acceptables chez les non athlètes. Les bienfaits de l’activité physique étant probablement plus importants que l’impact du sport sur le périnée, il semble toujours raisonnable de conseiller la pratique de sport.
Faut-il poursuivre la pratique du sport en cas de périnée dysfonctionnel ?
Parmi nos consultations, les patients ayant une incontinence anale ou un trouble de la statique pelvienne sont fréquents. Des études ont évalué l’impact des troubles périnéaux sur l’activité physique. Il a été montré que les femmes ayant une incontinence urinaire et /ou un trouble de la statique pelvienne (7) réduisaient la fréquence de leurs séances de sport, l’intensité et modifiaient leur façon de s’entraîner (conduites d’évitement). Parfois, elles changeaient le type de sport ou arrêtait complètement. Les données sur l’impact de l’incontinence anale sur l’activité physique sont rares mais il semble que l’incontinence anale modifient également le comportement des femmes vis-à-vis du sport (stratégies d’évitement, arrêt du sport) (8). De façon intéressante, des femmes athlètes ayant une incontinence urinaire ont été améliorées par de la rééducation périnéale (9). Il n’a pas été montré d’amélioration des compétences musculaires périnéales par la rééducation.
Les patients ayant une incontinence urinaire, anale et/ou des troubles de la statique pelvienne adaptent leur activité physique (fréquence, intensité, type d’activité) et peuvent parfois l’arrêter. Le renforcement périnéal permet de réduire les troubles urinaires pendant l’activité physique. Chez ces patients, le renforcement périnéal pourrait être proposé de façon systématique, en association avec une activité physique adaptée. Il est important d’aider les patients à renforcer leur périnée, les conseiller et les inciter à maintenir une activité physique même en cas de troubles anopérinéaux.
Faut-il (et si oui, comment) reprendre le sport après une grossesse/une chirurgie de la statique pelvienne ?
La reprise du sport après une grossesse chez les athlètes a fait l’objet d’une littérature assez floride sur ces cinq dernières années. Il faut souligner que la reprise du sport après une grossesse chez les athlètes peut être précoce, dans les 6 semaines. Le retour à leurs performances antérieures, voire supérieures, est possible (10). Les données sur l’impact de la reprise du sport après une grossesse chez les athlètes restent peu documentées. Chez des femmes non athlètes, la reprise d’une activité physique précoce et de faible impact permettrait de réduire les douleurs pelviennes et les troubles de la continence urinaire à 3-12 mois du postpartum (11). Face aux demandes des patientes quant à la reprise de la course à pied après une grossesse, un groupe d’experts a proposé des recommandations (méthode Delphi) : les principaux axes reposent sur la nécessité de définir la « mother runner », de s’assurer des fonctions pelviennes, d’une montée progressive de l’effort et que l’environnement soit optimal (12).
La reprise du sport après une chirurgie de statique pelvienne fait également partie des problématiques des patientes. Une étude randomisée récente (13) a évalué l’impact de la reprise de l’activité sans restriction versus la reprise de l’activité avec restriction. Il a été montré que la reprise d’activité rapide sans restriction n’impacte pas les résultats anatomiques et fonctionnels.
La reprise d’une activité physique adaptée après une grossesse ou une chirurgie de troubles de la statique pelvienne est possible voire conseillée.
Conclusions
Les bienfaits de l’activité physique étant probablement plus importants que l’impact du sport sur le périnée, il semble toujours raisonnable de conseiller la pratique de sport. Il est important d’aider les patients à renforcer leur périnée, les conseiller et les inciter à maintenir une activité physique même en cas de troubles anopérinéaux. La reprise d’une activité physique adaptée après une grossesse ou une chirurgie de troubles de la statique pelvienne est possible voire conseillée.
Bibliographie
- Skaug KL, Engh ME, Frawley H, Bø K. Prevalence of Pelvic Floor Dysfunction, Bother, and Risk Factors and Knowledge of the Pelvic Floor Muscles in Norwegian Male and Female Powerlifters and Olympic Weightlifters. J Strength Cond Res 2022;36(10):2800‑7.
- Skaug KL, Engh ME, Frawley H, Bø K. Urinary and anal incontinence among female gymnasts and cheerleaders-bother and associated factors. A cross-sectional study. Int Urogynecology J 2022;33(4):955‑64.
- Eliasson K, Larsson T, Mattsson E. Prevalence of stress incontinence in nulliparous elite trampolinists. Scand J Med Sci Sports 2002;12(2):106‑10.
- Nygaard IE, Shaw JM. Physical activity and the pelvic floor. Am J Obstet Gynecol 2016;214(2):164‑71.
- Vitton V, Baumstarck-Barrau K, Brardjanian S, Caballe I, Bouvier M, Grimaud JC. Impact of high-level sport practice on anal incontinence in a healthy young female population. J Womens Health 2011;20(5):757‑63.
- Romano L, Giuliani A, Paniccia F, Masedu F, Tersigni L, Padula M, et al. Sport practice and hemorrhoidal disease: results from a self-assessment questionnaire among athletes. Int J Colorectal Dis 2025;40(1):8.
- Dakic JG, Hay-Smith J, Cook J, Lin KY, Calo M, Frawley H. Effect of Pelvic Floor Symptoms on Women’s Participation in Exercise: A Mixed-Methods Systematic Review With Meta-analysis. J Orthop Sports Phys Ther 2021;51(7):345‑61.
- Dakic JG, Hay-Smith J, Lin KY, Cook J, Frawley HC. Experience of Playing Sport or Exercising for Women with Pelvic Floor Symptoms: A Qualitative Study. Sports Med – Open 2023;9(1):25.
- Piernicka M, Błudnicka M, Kortas J, Duda-Biernacka B, Szumilewicz A. High-impact aerobics programme supplemented by pelvic floor muscle training does not impair the function of pelvic floor muscles in active nulliparous women: A randomized control trial. Medicine (Baltimore) 2021;100(33):e26989.
- Kimber ML, Meyer S, McHugh TL, Thornton J, Khurana R, Sivak A, et al. Health Outcomes after Pregnancy in Elite Athletes: A Systematic Review and Meta-analysis. Med Sci Sports Exerc 2021;53(8):1739‑47.
- Vesting S, Gutke A, Fagevik Olsén M, Rembeck G, Larsson MEH. The Impact of Exercising on Pelvic Symptom Severity, Pelvic Floor Muscle Strength, and Diastasis Recti Abdominis After Pregnancy: A Longitudinal Prospective Cohort Study. Phys Ther 2024;104(4):pzad171.
- Christopher SM, Donnelly G, Brockwell E, Bo K, Davenport MH, De Vivo M, et al. Clinical and exercise professional opinion of return-to-running readiness after childbirth: an international Delphi study and consensus statement. Br J Sports Med 2024;58(6):299‑312.
- O’Shea M, Siddiqui NY, Truong T, Erkanli A, Barber MD. Standard Restrictions vs Expedited Activity After Pelvic Organ Prolapse Surgery: A Randomized Clinical Trial. JAMA Surg 2023;158(8):797‑805.