Aller au contenu

Congrès Tripartite – ESCP 2025, Paris – J3 : Vendredi 12 septembre 2025 – Partie 1/2

ESCP 2025 - bandeau

Et voilà, clap de fin pour ces journées tant attendues du congrès tripartite de l’ESCP !

Des sessions coloproctologiques d’une richesse exceptionnelle, des débats passionnants, et surtout… une présence française particulièrement remarquée tout au long de l’événement !

Un vrai succès, salué par un retour extrêmement positif des congressistes venus du monde entier.

L’enthousiasme était palpable, l’émulation scientifique bien réelle, et les échanges prometteurs pour l’avenir de notre spécialité.

Cap maintenant sur la prochaine édition, qui se tiendra à Prague : à noter dès maintenant dans vos agendas !

Prague 2026

ESCP’s 21st Scientific Conference will take place in Prague, Czech Republic from 23-25 September 2026 at the Prague Congress Center.

Interview du Dr V. de Parades, service de Proctologie – GH Paris Saint-Joseph

Résumé de l’interview : Fistule anales récidivantes : 5 règles d’or pour optimiser la prise en charge.

Le docteur de Parades a présenté une approche structurée de la prise en charge des fistules anales récidivantes, pathologie particulièrement complexe qui représente un véritable défi thérapeutique. Si traiter une fistule anale constitue déjà un challenge, la fistule récidivante pose des problèmes encore plus complexes nécessitant une approche méthodique.

La première règle fondamentale consiste à ne jamais forcer lors de l’intervention chirurgicale. Le risque de créer un orifice primaire iatrogène ou un faux trajet peut non seulement compromettre la résolution du problème initial, mais également placer le patient dans une situation encore plus complexe. Cette prudence opératoire constitue un prérequis essentiel à tout succès thérapeutique.

La deuxième règle préconise un recours large à l’imagerie préopératoire. Lorsque la localisation de l’orifice primaire reste incertaine, en cas de doute sur la complexité de la fistule ou sur une éventuelle extension secondaire, l’imagerie devient un outil diagnostique indispensable pour guider la stratégie chirurgicale.

La troisième règle concerne les soins postopératoires. Pour les plaies trop larges ou particulièrement profondes, il convient de faire appel à une infirmière spécialisée pour les soins locaux, certains patients pouvant se trouver en difficulté pour assurer eux-mêmes ces soins complexes.

La quatrième règle impose la réalisation systématique de prélèvements bactériologiques et histologiques lors de la chirurgie d’une fistule récidivante. Cette démarche permet d’identifier des causes spécifiques pouvant expliquer les échecs thérapeutiques ou la survenue d’autres fistules, notamment la maladie de Crohn et la tuberculose. La découverte de granulomes ou d’autres signes évocateurs doit conduire à compléter le bilan et à instituer un traitement spécifique : antibiothérapie antituberculeuse ou thérapies avancées en cas de maladie de Crohn.

Enfin, la cinquième règle recommande de considérer la fistulotomie en première ligne pour les fistules cryptoglandulaires, cette technique demeurant le traitement le plus efficace. Les techniques d’épargne sphinctérienne, bien que séduisantes, se soldent fréquemment par des échecs thérapeutiques et doivent être réservées à des situations particulières.

Cette approche méthodique et rigoureuse permet d’optimiser les résultats thérapeutiques dans cette pathologie complexe où la récidive constitue un écueil majeur.

Interview Pr L. Maggiori, service de Chirurgie digestive – Hôpital Saint-Louis, Paris

Résumé de l’interview : Chirurgie de la constipation : une approche ultra-sélective pour des cas exceptionnels !

Le Professeur Maggiori a présenté une approche consensuelle et prudente de la chirurgie dans la constipation chronique, soulignant que cette indication pose des défis thérapeutiques majeurs et nécessite une sélection extrêmement rigoureuse des patients.

Le premier message fondamental concerne l’efficacité du traitement médical. La majorité des patients présentent une réponse relativement satisfaisante au traitement conservateur, et il convient de pousser ces approches au maximum avant d’envisager la chirurgie en dernier recours. Cette position reflète la complexité de la pathologie et les risques inhérents aux interventions chirurgicales dans ce contexte.

Le diagnostic précis constitue le deuxième pilier de cette approche. Si théoriquement une colectomie peut être efficace dans les troubles moteurs isolés du côlon, l’identification de ces patients reste extrêmement difficile et concerne probablement très peu de malades. Le diagnostic doit être établi selon les critères de Rome IV, complété par des examens spécialisés : temps de transit colique allongé, défécographie pour éliminer l’anisme et les troubles de la statique pelvienne, et manométrie anorectale pour compléter l’évaluation.

Avant d’envisager une résection colique, il convient d’explorer les alternatives chirurgicales moins invasives. La neuromodulation sacrée, bien que nécessitant encore des essais randomisés significatifs, montre des résultats encourageants dans des études récentes bien conduites. Cette technique présente l’avantage d’effets secondaires limités et d’une réversibilité. L’intervention de Malone, permettant les irrigations antérogrades, représente une autre option relativement simple, désormais réalisable par voie endoscopique dans la majorité des centres, offrant ainsi une possibilité de retour en arrière.

Pour les patients non soulagés par ces approches, la colectomie reste envisageable mais doit demeurer exceptionnellement rare. Les contre-indications absolues incluent le syndrome de l’intestin irritable et les atteintes du tube digestif haut avec troubles moteurs de l’intestin grêle, particulièrement dans le spectre de la pseudo-obstruction intestinale chronique qui représente un élément de defiance majeur dans ce contexte.

Lorsque la résection est décidée chez des patients ultra-sélectionnés, la colectomie subtotale avec anastomose iléo-rectale ou iléo-sigmoïdienne semble préférable. La colectomie segmentaire s’avère le plus souvent insuffisante, tandis que la colectomie totale avec anastomose iléo-anale expose à un risque important d’incontinence fécale et à un nombre de selles quotidiennes étalées sur 24 heures, compromettant significativement la qualité de vie.

Cette approche ultra-prudente reflète la complexité de la constipation chronique et l’importance d’une sélection rigoureuse pour optimiser les résultats chirurgicaux dans cette indication délicate.

The Hartmann’s procedure is now obsolete: For W. Bemelman (Pays-Bas) Against C. Sabbagh (France)

Procédure de Hartmann : loin d’être obsolète !

Victoire par KO de C. Sabbagh (France) face à W. Bemelman (Pays-Bas)

Bien que souvent critiquée pour ses complications stomiales fréquentes et son faible taux de rétablissement de continuité digestive (29 %), la procédure de Hartmann conserve des indications incontournables, notamment en cas de péritonite diverticulaire, colite ischémique ou perforation colique sur terrain fragile (radiothérapie pelvienne antérieure, choc septique, corticothérapie).
Ces situations étaient d’ailleurs exclues des essais randomisés ayant tenté de la comparer à la résection-anastomose dans les péritonites diverticulaires.

Pour améliorer les suites opératoires et le taux de rétablissement de continuité, le Pr Sabbagh a souligné l’intérêt de recourir à une voie mini-invasive (coelioscopie ou robotique) et à une optimisation périopératoire (vert d’indocyanine, absence de drain, RAAC…).

Conclusion : la procédure de Hartmann reste une arme précieuse dans l’arsenal du chirurgien colorectal, à condition d’être modernisée et bien indiquée.

Une interview du Pr C. Sabbagh (service de chirurgie digestive, CHU d’Amiens) résume ces points forts.

O-FP 051: Proctology in men who have sex with men – a qualitative study of surgeons and patients

M. Marino (UK)

Mieux intégrer la sexualité dans la prise en charge proctologique des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes !

Deux études qualitatives australiennes se sont intéressées à l’impact de la chirurgie anorectale sur la sexualité et le bien-être des hommes gays, bisexuels et autres ayant des relations sexuelles avec des hommes.
La première a inclus des patients ayant été opérés d’une pathologie bénigne anorectale par un chirurgien colorectal, en combinant questionnaires et entretiens semi-dirigés pour explorer leur vécu.
La seconde, en cours, interroge des chirurgiens colorectaux d’Australie, de Nouvelle-Zélande et du Royaume-Uni via des enquêtes diffusées par les sociétés savantes, complétées par des entretiens pour analyser leurs pratiques, leur niveau de confort à aborder les rapports anaux réceptifs et les freins à ces discussions.

Les patients rapportent une altération de leur sexualité, des inquiétudes concernant les cicatrices, et regrettent que leurs pratiques sexuelles ne soient presque jamais abordées avant ni après l’intervention.
Ces travaux appellent à une meilleure formation des chirurgiens, à un questionnement systématique sur les pratiques sexuelles et à une prise en charge postopératoire adaptée, afin de lever les tabous et de normaliser ces discussions dans le parcours de soins.

O-FP 054: Consistent use of intraoperative saline irrigation with gauze debridement is associated with lower surgical site complication rates: A hypothesis-generating retrospective study

SN. Karahan (Turquie)

Irrigation-débridement peropératoire : une méthode simple pour réduire les complications pariétales !

Cette étude rétrospective a évalué l’impact de l’irrigation peropératoire de la plaie associée à un débridement mécanique à la compresse (IP+DM) chez 578 patients opérés d’une chirurgie colorectale élective.
Les deux groupes étaient comparables, hormis un temps opératoire plus long dans le groupe IP+DM.

Le taux de complications pariétales était significativement plus faible avec IP+DM (4,1 % vs 16,3 %), et cette technique ressortait comme le seul facteur protecteur indépendant en analyse multivariée.
Simple, rapide et peu coûteuse, cette approche pourrait justifier une utilisation de routine, en attendant une validation prospective.

To pack or not to pack after perianal abscess drainage: That is the question

J. Davies (UK)

Abcès anal : le méchage postopératoire remis en question !

L’essai contrôlé randomisé multicentrique PPAC2 (postoperative Packing of perianal Abscess cavities) a inclus 443 patients opérés d’un abcès anal, comparant à l’aveugle un méchage quotidien par soins infirmiers versus absence de méchage.
Les patients méchés présentaient significativement plus de douleurs, sans réduction du risque de fistule, de récidive d’abcès ni de saignement postopératoire.
De plus, leur cicatrisation et leur reprise du travail étaient plus lentes que chez les patients non méchés.

Une revue systématique, malgré des limites méthodologiques, parvient aux mêmes conclusions : le méchage est douloureux, coûteux, à fort impact environnemental, et n’apporte aucun bénéfice démontré sur le plan clinique.

Is diverting loop ileostomy necessary for completion proctectomy with ileal pouch anal-anastomosis? The IDEAL trial

L. Beyer-Berjot (France)

AIA sans stomie de protection : la mode stoppée net par un essai randomisé !

Un essai randomisé multicentrique du GETAID Chirurgie a évalué la faisabilité d’une anastomose iléo-anale (AIA) sans stomie de protection chez des patients MICI, dans le cadre d’une stratégie dite « modified two-step » (proctectomie secondaire sans stomie après colectomie subtotale initiale).
Alors que plusieurs études observationnelles avaient suggéré la sécurité de cette approche, l’essai a été interrompu précocement après la randomisation de 98 patients : le risque de fistule anastomotique était significativement plus élevé sans stomie (32 % vs 13 %), de même que le taux de complications majeures.

Ces résultats mettent un sérieux coup d’arrêt à cette stratégie, et rappellent que la réalisation d’une AIA doit probablement rester associée à une stomie de protection.

O-SB 017: Artificial intelligence and anal cancer screening: First multicentric application of a trinary model for anal lesion detection and classification in high-resolution anoscopy

M. Martins (Portugal)

L’IA au service de l’HRA : un modèle performant pour détecter les lésions anales HPV-induites !

Cette étude multicentrique rétrospective a développé un modèle d’intelligence artificielle basé sur YOLOv11 pour analyser les images d’anoscopie haute résolution (HRA) et classer les lésions en HSIL, LSIL et non dysplasiques à partir de plus de 190 000 images issues de 107 procédures.

Le modèle a atteint une précision globale de 95 %, avec d’excellentes performances par catégorie :

  • HSIL : sensibilité 97,9 %, précision 93,9 %
  • LSIL : sensibilité 98,9 %, précision 98,5 %
  • Lésions non dysplasiques : sensibilité 98,7 %, précision 96,0 %

Ces résultats suggèrent que l’IA pourrait considérablement améliorer la détection et la classification des lésions anales HPV-induites, actuellement limitée par les performances de l’HRA seule.

O-SB 014: Propionibacterium extract gel improves healing and postoperative recovery after open excisional hemorrhoidectomy: A randomized, clinical trial

C. Eberspacher (Italie)

Un gel au Propionibacterium pour accélérer la cicatrisation après hémorroïdectomie !

Cette étude multicentrique randomisée de phase IV a comparé un gel à base d’extrait de Propionibacterium (Emorsan®) à une pommade à l’acide hyaluronique (Connettivina®) chez 119 patients opérés d’hémorroïdes grade III–IV par hémorroïdectomie ouverte.

Le gel au Propionibacterium a montré :

  • une cicatrisation plus rapide (épithélialisation >50 % à J20 : 75 % vs 73 % ; cicatrisation complète à J40 : 85 % vs 52 %, p=0,003)
  • une réduction plus marquée des sensations de brûlures et démangeaisons
  • une satisfaction significativement supérieure (92 % vs 54 %), sans effets indésirables signalés.

Ces résultats suggèrent que le gel au Propionibacterium pourrait améliorer la récupération postopératoire après hémorroïdectomie ouverte en accélérant la cicatrisation et en réduisant les symptômes locaux.

O-SB 015: Risk of re-operation after Bascom pit pick for pilonidal sinus disease. A Danish population-based cohort study

IK. Faurschou (Danemark)

Bascom I (ou le pit-picking) : un taux de réintervention élevé dans le sinus pilonidal !

Cette étude nationale danoise a évalué les résultats de la technique de Bascom I (Pit Picking) pour le traitement électif du sinus pilonidal chronique, en analysant les données de 3555 patients traités entre 2010 et 2021.

  • 79 % d’hommes, âge jeune majoritaire
  • Taux global de réintervention à 5 ans : ~30 % (30 % chez les hommes, 29 % chez les femmes)
  • Ce risque atteignait 46 % chez les hommes et 40 % chez les femmes après deux procédures Bascom I consécutives
  • Le risque était plus élevé chez les patients jeunes

Ces résultats suggèrent que la technique de Bascom I, pourtant largement utilisée au Danemark, présente un taux de récidive préoccupant, et que l’optimisation de la sélection des patients, de la technique et de la formation chirurgicale est nécessaire.

O-SB 016: Interim analysis of the Spanish prospective registry of sacral neuromodulation

NO. Torrecilla (Espagne)

Le registre national espagnol confirme l’efficacité de la neuromodulation sacrée !

Une analyse intermédiaire du registre national espagnol de neuromodulation sacrée (SNM), coordonné par l’AECP, a inclus 272 patients issus de 34 centres entre 2023 et 2024, principalement pour incontinence fécale (228) et syndrome de résection antérieure basse (LARS, 25).

  • Taux d’implantation définitive : 81,3 %
  • Complications : 3,6 %
  • Amélioration nette du score de Wexner (15,3 → 6,4 à 6 mois, p<0,001)
  • Amélioration du score LARS (32 → 16,8 à 6 mois, p<0,001)
  • Satisfaction : 76 % à 6 mois, 73 % à 1 an
  • 65 % rapportaient aussi une amélioration de leur incontinence urinaire associée

Ces résultats confirment que la SNM est une technique sûre et efficace dans les formes réfractaires d’incontinence fécale et de LARS, et qu’elle mérite d’être intégrée plus largement chez des patients bien sélectionnés.